Relancer un client mauvais payeur sur chantier : la procédure

Un client qui ne paie pas, c’est de la trésorerie bloquée, des fournisseurs à régler quand même, et des salaires à sortir en fin de mois. Dans le BTP, les délais de paiement sont déjà tendus — laisser traîner un impayé sans réagir vite, c’est prendre le risque de ne jamais revoir cet argent. Voici la procédure concrète, étape par étape, pour relancer un mauvais payeur et récupérer ce qui vous est dû.

Étape 1 : vérifier votre dossier avant de décrocher le téléphone

Avant d’appeler ou d’écrire, relisez votre devis signé, votre bon de commande, et la facture émise. Assurez-vous que :

  • la facture mentionne bien la date d’échéance (exemple : facture de 4 800 € HT émise le 3 juin, échéance à 30 jours, soit le 3 juillet) ;
  • les travaux correspondants sont bien réceptionnés ou validés par le client ;
  • vous avez bien transmis la facture (mail avec accusé de réception, ou courrier).

Un client peut bloquer un paiement en prétextant ne pas avoir reçu la facture. Ayez la preuve d’envoi sous la main. Si vous travaillez sans bon de commande signé ou sans devis accepté, vous êtes en position de faiblesse — c’est le moment de corriger ça pour les prochains chantiers.

Selon la loi LME et les règles en vigueur sur Légifrance, le délai de paiement entre professionnels ne peut dépasser 60 jours à compter de la date d’émission de la facture, ou 45 jours fin de mois. Pour les particuliers, c’est votre contrat qui fait foi.

Étape 2 : la relance amiable, ferme et rapide

Dès le lendemain de la date d’échéance dépassée, vous relancez. Pas dans une semaine. Le lendemain.

Premier contact : le téléphone. Un appel direct, sans agressivité, mais sans ambiguïté. “Bonjour M. Martin, je vois que la facture n°2024-047 de 4 800 € HT, échue le 3 juillet, n’a pas encore été réglée. Quel est le problème ?” Laissez parler. Notez ce qu’il dit, avec la date et l’heure.

Si le client dit qu’il a “oublié” ou qu’il “va s’en occuper”, fixez une date précise : “Très bien, je vous confirme un paiement par virement avant le vendredi 12 juillet, c’est noté de votre côté ?” Reformulez, obtenez un engagement oral.

Deuxième contact : la relance écrite. Si rien n’arrive dans les 5 jours suivants, envoyez un mail ou un courrier récapitulatif. Ton neutre, faits précis :

Objet : Relance — Facture n°2024-047 — 4 800 € HT Suite à notre échange téléphonique du 8 juillet, je vous confirme que la facture ci-dessus reste impayée à ce jour. Je vous remercie de procéder au règlement par virement avant le 15 juillet.

Joignez systématiquement la facture en PDF. Ne faites pas de mise en demeure à ce stade — gardez-la pour l’étape suivante.

Étape 3 : la mise en demeure par lettre recommandée

Quinze jours sans réponse après votre relance écrite ? C’est le moment d’envoyer une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception (LRAR). Ce courrier change de statut juridique : il fait courir les intérêts de retard légaux et constitue une preuve en cas de procédure judiciaire.

La mise en demeure doit contenir :

  • la référence exacte de la facture et le montant dû (exemple : 4 800 € HT soit 5 760 € TTC) ;
  • la date d’échéance initiale dépassée ;
  • le rappel des intérêts de retard applicables : le taux légal est fixé par la Banque de France et vous pouvez ajouter l’indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement de 40 € par facture impayée, prévue par la loi pour les transactions entre professionnels ;
  • un délai de règlement ferme : 8 jours à compter de la réception.

Exemple de formulation finale : “À défaut de règlement dans ce délai, je me verrai contraint d’engager une procédure judiciaire de recouvrement sans autre avis.”

Conservez l’accusé de réception : c’est votre pièce maîtresse.

Étape 4 : les recours judiciaires si le client persiste

Le client ne répond toujours pas, ou refuse de payer ? Vous avez plusieurs options selon le montant en jeu.

En dessous de 5 000 € HT : la procédure d’injonction de payer. Rapide, peu coûteuse, sans avocat obligatoire. Vous déposez une requête au greffe du tribunal judiciaire (ou de commerce si c’est un professionnel). Le juge émet une ordonnance que vous faites signifier au client par huissier. S’il ne conteste pas dans les 30 jours, l’ordonnance devient un titre exécutoire : vous pouvez saisir ses comptes.

Entre 5 000 € et 10 000 € HT : le tribunal judiciaire, avec ou sans avocat. La procédure est plus longue (3 à 6 mois en moyenne), mais les chances de récupérer la somme restent élevées si votre dossier est solide.

Au-delà de 10 000 € HT : avocat spécialisé recommandé. Les honoraires sont souvent récupérables en partie sur les dépens si vous gagnez.

Cas concret : un électricien en région lyonnaise a réalisé une installation électrique complète dans un entrepôt pour 18 400 € HT. Le maître d’ouvrage professionnel a bloqué le solde (5 200 € HT) en invoquant une réserve non formulée à la réception. L’électricien avait le PV de réception signé sans réserve. Procédure d’injonction de payer engagée : il a récupéré les 5 200 € HT + intérêts en 4 mois.

💡 Astuce outil : Le site Service-Public.fr met à disposition un formulaire Cerfa pour l’injonction de payer. Gratuit, téléchargeable, remplissable directement en ligne.

Étape 5 : prévenir plutôt que guérir pour les prochains chantiers

Récupérer un impayé prend du temps et de l’énergie. Ce temps ne peut pas être facturé. La vraie rentabilité, c’est d’éviter d’en arriver là.

Quelques réflexes simples à mettre en place dès maintenant :

  • Acompte systématique : 30 % à la signature du devis sur tout chantier supérieur à 3 000 € HT. Un client qui refuse de verser un acompte est un signal d’alerte.
  • Situation de travaux mensuelle : sur un chantier long, facturez l’avancement chaque mois plutôt qu’en une seule fois à la fin. Une facture de 2 000 € est plus facile à régler qu’une de 12 000 €.
  • Clause de réserve de propriété : pour les matériaux fournis, une clause dans vos CGV vous permet de rester propriétaire des matériaux jusqu’au paiement intégral. En cas de défaillance du client, vous pouvez théoriquement récupérer vos marchandises.
  • Vérification amont : pour un nouveau client professionnel (promoteur, entreprise générale), consultez son extrait Kbis et son score de solvabilité via des outils comme Infogreffe avant de démarrer un gros chantier.

En résumé

  • Dès le lendemain de l’échéance dépassée : appelez le client, notez l’échange, fixez une date ferme.
  • Sous 5 jours sans règlement : relance écrite par mail avec la facture en pièce jointe.
  • Sous 15 jours sans réponse : mise en demeure par LRAR avec mention des intérêts de retard et de l’indemnité de 40 €.
  • Sans réaction : injonction de payer au greffe (< 5 000 € HT) ou tribunal judiciaire au-delà.
  • Pour éviter de recommencer : acompte à la commande, facturation mensuelle en situation, clause de réserve de propriété dans vos CGV.