Auto-liquidation de TVA dans le BTP : mode d'emploi

Vous travaillez en sous-traitance pour une entreprise générale ou un autre artisan assujetti à la TVA ? Dans ce cas, c’est lui qui reverse la TVA au fisc, pas vous. Ce mécanisme s’appelle l’auto-liquidation, et il est obligatoire dans le BTP depuis 2014. Voici comment l’appliquer correctement sur vos factures, sans risquer un redressement.

Qu’est-ce que l’auto-liquidation de TVA et qui est concerné ?

L’auto-liquidation (ou “autoliquidation”) inverse la logique habituelle de la TVA : au lieu que le sous-traitant collecte la TVA sur sa facture et la reverse à l’État, c’est le donneur d’ordre — l’entreprise principale qui vous a mandaté — qui s’en charge directement auprès du fisc.

Ce mécanisme s’applique obligatoirement dès que trois conditions sont réunies :

  1. Vous êtes sous-traitant (vous intervenez pour le compte d’une entreprise principale sur un chantier).
  2. Votre donneur d’ordre est assujetti à la TVA (une société de maçonnerie, un promoteur, une entreprise générale de BTP, etc.).
  3. Les travaux entrent dans le champ des travaux de construction, réhabilitation, entretien ou nettoyage d’immeubles.

En clair : si vous êtes électricien et qu’une entreprise générale vous confie la réalisation de l’installation électrique d’une résidence en VEFA, l’auto-liquidation s’applique. En revanche, si vous intervenez directement pour un particulier ou une collectivité (maître d’ouvrage final), vous facturez la TVA normalement.

La base légale se trouve à l’article 283, 2 nonies du Code général des impôts, confirmé par la FFB.

Comment rédiger votre facture en auto-liquidation ?

C’est là que beaucoup d’artisans font des erreurs. La règle est simple : vous ne faites pas apparaître de TVA sur votre facture. Vous facturez uniquement le montant HT et vous ajoutez une mention légale obligatoire.

Exemple concret :

Vous êtes plaquiste sous-traitant. Vous posez 200 m² de cloisons pour une entreprise générale sur un chantier de bureaux à Lyon. Votre tarif est de 28 € HT/m².

Votre facture doit afficher :

  • Fourniture et pose cloisons BA13 — 200 m² × 28 € = 5 600 € HT
  • TVA : 0 € (auto-liquidation)
  • Total TTC : 5 600 €
  • Mention obligatoire : “Auto-liquidation de la TVA — article 283, 2 nonies du CGI”

Sans cette mention, votre facture est non conforme. Le donneur d’ordre peut refuser de la régler, et vous vous exposez à un rappel de TVA lors d’un contrôle fiscal.

À retenir : Ne jamais écrire “Exonération de TVA” — ce n’est pas une exonération, c’est un transfert de redevabilité.

Quelles obligations pour le donneur d’ordre ?

Si vous êtes, de l’autre côté, chef d’entreprise générale qui mandate des sous-traitants, vous portez la responsabilité de la TVA. Concrètement, vous devez :

  • Déclarer la TVA sur les achats de sous-traitance dans votre déclaration CA3 (ligne dédiée aux acquisitions intracommunautaires et auto-liquidation).
  • La déduire simultanément si vous êtes de plein droit déductible, ce qui est le cas dans la quasi-totalité des chantiers BTP assujettis. Dans ce cas, l’opération est neutre sur votre trésorerie.
  • Conserver les factures de vos sous-traitants comme justificatif.

Exemple chiffré : votre couvreur sous-traitant vous facture 12 000 € HT pour la réfection d’une toiture sur un immeuble de rapport. Vous déclarez 12 000 × 20 % = 2 400 € de TVA collectée (auto-liquidation) ET 2 400 € de TVA déductible sur la même déclaration. Résultat net : zéro impact sur votre TVA à payer, mais l’opération doit bien figurer dans votre CA3.

Les erreurs les plus fréquentes sur le chantier

Voici les erreurs que l’on voit remonter à chaque contrôle fiscal dans le BTP :

1. Facturer la TVA quand on ne devrait pas. Un charpentier sous-traitant facture 8 000 € TTC (TVA à 20 % incluse) à une entreprise générale. Elle aurait dû être facturée 6 667 € HT. Le donneur d’ordre risque de ne pas pouvoir récupérer cette TVA indument facturée, et le sous-traitant doit la reverser au fisc même s’il ne l’a pas collectée correctement.

2. Oublier la mention légale. Sans la mention “auto-liquidation — article 283, 2 nonies du CGI”, votre facture est rejetable. Intégrez-la dans votre modèle de facture une bonne fois pour toutes.

3. Confondre sous-traitance et co-traitance. En co-traitance (groupement momentané d’entreprises), chaque membre facture directement le maître d’ouvrage. L’auto-liquidation ne s’applique pas dans ce cas.

4. Appliquer l’auto-liquidation chez un particulier. Un particulier n’est pas assujetti à la TVA. Vous intervenez chez lui directement ? Vous facturez la TVA (5,5 %, 10 % ou 20 % selon la nature des travaux). Pas d’auto-liquidation.

Sous-traitants en cascade : comment ça se passe ?

Sur les grands chantiers, il arrive qu’un sous-traitant de rang 1 mandate lui-même un sous-traitant de rang 2. L’auto-liquidation s’applique à chaque niveau de la chaîne, du moment que les deux parties sont assujetties à la TVA.

Exemple : une entreprise générale mandate un peintre en bâtiment (rang 1) pour 15 000 € HT. Ce peintre mandate à son tour un applicateur de revêtement de sol (rang 2) pour 4 500 € HT. Le peintre reçoit une facture HT sans TVA de l’applicateur, et c’est le peintre — en tant que donneur d’ordre au rang 2 — qui auto-liquide la TVA sur cette prestation.

Chaque maillon de la chaîne doit donc être vigilant sur son rôle : êtes-vous donneur d’ordre, sous-traitant, ou les deux à la fois ?

💡 Astuce outil : Si vous gérez vos factures avec un logiciel de facturation, vérifiez qu’il dispose d’une ligne “auto-liquidation TVA BTP” avec la mention légale pré-remplie. Cela évite les oublis et les rejets de facture.

En résumé

  • L’auto-liquidation est obligatoire dès que vous êtes sous-traitant d’un donneur d’ordre assujetti à la TVA sur des travaux immobiliers : vous facturez HT, lui reverse la TVA.
  • La mention “Auto-liquidation de la TVA — article 283, 2 nonies du CGI” doit figurer explicitement sur chaque facture concernée.
  • En tant que donneur d’ordre, vous déclarez la TVA collectée ET déductible sur votre CA3 : l’impact sur votre trésorerie est nul, mais l’oubli déclaratif est sanctionné.
  • L’auto-liquidation ne s’applique jamais à un client particulier ou à une collectivité maître d’ouvrage final.
  • En cas de doute sur votre situation (co-traitance, chantier mixte, marchés publics), consultez votre expert-comptable ou les ressources disponibles sur impots.gouv.fr.