Sur un chantier sans raccordement secteur, le groupe électrogène est souvent le seul accès à l’électricité. Mal dimensionné, il vous coûte de l’argent — en panne, en surconsommation ou en matériel abîmé. Voici comment choisir la puissance qui correspond réellement à votre usage, sans approximation.
Comprendre la différence entre kVA et kW
C’est le premier point qui embrouille la moitié des artisans au moment de comparer des fiches techniques. Les fabricants affichent la puissance en kVA (kilovoltampères), alors que vos outils sont étiquetés en kW (kilowatts). Ce ne sont pas des unités équivalentes.
La relation entre les deux dépend du facteur de puissance (cos φ). Pour un chantier standard, on retient cos φ = 0,8. Ce qui donne :
Puissance active (kW) = kVA × 0,8
Exemple concret : un groupe affiché à 5 kVA ne délivre que 4 kW réels utilisables pour vos outils. Un groupe à 6,25 kVA vous donnera 5 kW. Gardez toujours ce coefficient en tête au moment de lire une fiche produit.
Recenser les appareils que vous allez brancher simultanément
C’est l’étape que la plupart des artisans négligent : ils pensent à la puissance du gros outil, oublient le reste. Or c’est la somme de tout ce qui tourne en même temps qui compte.
Dressez la liste de vos appareils et notez leur puissance nominale (indiquée sur la plaque signalétique ou dans la notice) :
| Outil | Puissance nominale |
|---|---|
| Meuleuse d’angle 230 mm | 2 200 W |
| Perceuse-visseuse filaire | 800 W |
| Éclairage de chantier LED (2 projecteurs) | 100 W |
| Chargeur de batterie | 150 W |
| Total | 3 250 W |
Ici, vos 3 250 W consommés exigent un groupe d’au moins 4,1 kVA (3 250 ÷ 0,8). En pratique, vous prendrez le modèle du palier supérieur, soit 5 kVA, pour garder une marge.
Ajoutez également les appareils de levage ou de compression si vous en avez : un compresseur de 2 CV (environ 1 500 W) qui démarre en charge peut appeler jusqu’à 3 à 4 fois sa puissance nominale à l’amorçage. Ce courant d’appel est souvent ignoré, et c’est lui qui fait disjoncter le groupe.
Prendre en compte le courant d’appel au démarrage
Tout moteur électrique — compresseur, toupie, pompe de relevage, scie sur table — absorbe au démarrage un courant bien supérieur à sa consommation en régime établi. Selon le type de démarrage (direct, étoile-triangle, variateur), ce pic peut atteindre 3 à 7 fois la puissance nominale pendant 1 à 3 secondes.
Un exemple de chantier de rénovation gros œuvre : vous alimentez une bétonnière de 1 500 W. Au démarrage, elle peut appeler jusqu’à 6 000 W pendant une fraction de seconde. Si votre groupe n’est dimensionné qu’à 2 kVA, il se met en sécurité ou le moteur de la bétonnière s’abîme.
Règle de base : pour tout outil à moteur, multipliez la puissance nominale par 3 et intégrez ce chiffre dans votre calcul de pointe. Les groupes électrogènes disposent d’une puissance maximale temporaire (souvent 10 à 20 % au-dessus de la puissance continue) pour absorber ces appels — vérifiez cette donnée dans la fiche technique avant d’acheter.
Choisir entre groupe monophasé et triphasé
Pour la majorité des artisans en solo ou en binôme (électricien, plombier, plaquiste, peintre), un groupe monophasé 230 V suffit amplement. Il couvre les outils electroportatifs courants, l’éclairage et la charge des batteries.
Le groupe triphasé 400 V s’impose dès que vous utilisez :
- Des machines d’atelier fixes (scie circulaire de chantier à table, raboteuse, dégauchisseuse de fort débit)
- Des pompes de chantier triphasées
- Une grue ou un monte-matériaux électrique
Un charpentier qui pose une charpente industrielle avec scie à ruban et dégauchisseuse sur un chantier isolé aura besoin d’un groupe triphasé d’au moins 8 kVA. Le coût d’achat monte à 2 000-3 000 € HT contre 600-900 € HT pour un bon monophasé 5 kVA — l’investissement se justifie uniquement si l’usage est régulier.
Pour les règles applicables aux installations électriques temporaires de chantier, référez-vous aux prescriptions de la norme NF C 18-550 publiée par l’AFNOR qui encadre les équipements basse tension sur chantier.
Estimer la consommation de carburant et le coût réel
Un groupe électrogène tourne au diesel ou à l’essence. La consommation varie selon le taux de charge : à pleine charge, un groupe de 5 kVA consomme environ 1,5 à 2 L/heure d’essence. À mi-charge, ce chiffre descend à 0,9-1,2 L/heure.
Sur une semaine de 40 heures de fonctionnement à mi-charge avec de l’essence à 1,80 €/L, comptez :
40 h × 1,1 L × 1,80 € = 79,20 € HT de carburant
Un groupe diesel sera plus économe à l’usage (environ 0,7 L/h à mi-charge pour 5 kVA) mais plus cher à l’achat (+30 à 50 %). Si vous utilisez votre groupe moins de 200 heures par an, l’essence reste souvent plus rentable. Au-delà, le diesel s’amortit.
Pensez aussi au bruit : pour les chantiers en zone urbaine ou chez des particuliers, les groupes dits “inverter” ou “silencieux” (65-70 dB à 7 m contre 80-85 dB pour un groupe ouvert) évitent les conflits de voisinage et respectent les plages horaires de travaux. La FFB rappelle les obligations de chantier en milieu urbain sur son portail, notamment concernant les nuisances sonores.
💡 Astuce outil : avant d’acheter, louez le gabarit de groupe dont vous pensez avoir besoin pendant 2 ou 3 chantiers (compter 40 à 80 € HT/jour selon la puissance). Vous validerez le dimensionnement réel avant d’immobiliser 800 à 3 000 € HT dans un achat.
En résumé
- Convertissez toujours les kVA en kW (× 0,8) pour comparer les puissances réelles utilisables.
- Listez tous les appareils branchés simultanément, y compris éclairage et chargeurs, et ajoutez 20 à 30 % de marge.
- Multipliez par 3 la puissance nominale de chaque moteur pour estimer le courant d’appel au démarrage.
- Réservez le triphasé aux machines d’atelier fixes ou aux équipements de levage ; le monophasé 5 kVA couvre 80 % des besoins en chantier courant.
- Comparez le coût total (achat + carburant sur la durée) et testez par la location avant d’investir.