Vous tournez en micro-entreprise depuis quelques années, votre chiffre d’affaires dépasse régulièrement 80 000 € HT, et vous commencez à vous demander si ce statut tient encore la route. Passer en EURL ou en SASU, c’est une décision structurante — et mal choisir coûte cher. Voici une comparaison franche, taillée pour les artisans du bâtiment.
Pourquoi quitter la micro-entreprise à un moment donné
La micro-entreprise plafonne à 77 700 € HT de chiffre d’affaires pour les activités de services et à 188 700 € pour la vente de marchandises. Mais surtout, vous payez des charges sociales sur votre chiffre d’affaires brut, pas sur votre bénéfice réel. Résultat : si vous achetez 30 000 € de matériaux pour un chantier de rénovation de 60 000 € HT, vous payez quand même vos cotisations sur les 60 000 €.
Un électricien qui réalise 90 000 € HT avec 25 000 € de fournitures paie ses charges sur 90 000 € en micro. En EURL ou SASU, il ne les paie que sur son bénéfice net ou sa rémunération. La différence peut représenter plusieurs milliers d’euros par an.
Au-delà du plafond, il y a aussi la crédibilité vis-à-vis des clients professionnels et des maîtres d’ouvrage : une société unipersonnelle rassure davantage sur certains appels d’offres.
EURL : le choix du travailleur non-salarié
L’EURL (Entreprise Unipersonnelle à Responsabilité Limitée) est une SARL à associé unique. Vous êtes gérant majoritaire, donc rattaché au régime des travailleurs non-salariés (TNS).
Ce que ça change concrètement :
- Vos cotisations sociales sont calculées sur votre rémunération de gérant + la part des dividendes supérieure à 10 % du capital social. Le taux global tourne autour de 40 à 45 % de votre revenu net.
- Exemple : un maçon gérant d’EURL qui se verse 40 000 € de rémunération paiera environ 16 000 à 18 000 € de cotisations sociales. C’est moins qu’un salarié au même niveau de revenu.
- La protection sociale est moins étendue qu’un salarié : indemnités journalières plus faibles en cas d’arrêt maladie, pas de chômage si vous fermez la boutique.
L’EURL est fiscalement transparente par défaut : les bénéfices remontent dans votre impôt sur le revenu (IR), dans la catégorie BIC. Vous pouvez opter pour l’impôt sur les sociétés (IS), ce qui donne plus de souplesse pour piloter votre rémunération et optimiser la fiscalité sur les bénéfices non distribués.
Quand l’EURL est pertinente : vous faites 100 000 à 200 000 € HT de chiffre d’affaires, vous avez peu de salariés, et vous voulez une structure simple avec des frais de gestion comptable maîtrisés (comptez 1 500 à 2 500 € HT/an pour un expert-comptable en EURL, selon la complexité).
SASU : le statut salarié, mais à quel prix
La SASU (Société par Actions Simplifiée Unipersonnelle) fonctionne différemment : vous êtes président, donc assimilé salarié. Vous cotisez au régime général de la Sécurité sociale, avec une meilleure couverture maladie et retraite, mais des charges plus élevées.
Ce que ça change concrètement :
- Les cotisations patronales + salariales représentent environ 75 à 80 % de votre salaire net, selon le niveau de rémunération.
- Un couvreur qui se verse 3 500 € net/mois en SASU génère une charge totale d’environ 6 000 à 6 300 € par mois pour sa société. Sur l’année, c’est autour de 30 000 € de charges sociales.
- En contrepartie, vous validez des trimestres de retraite dans les mêmes conditions qu’un salarié, et vous bénéficiez des indemnités journalières du régime général dès le 4e jour d’arrêt.
La SASU est soumise à l’IS par défaut. Les bénéfices non distribués sont taxés à 15 % jusqu’à 42 500 € (taux réduit IS), puis à 25 % au-delà. Les dividendes que vous vous versez ne génèrent pas de charges sociales (seulement la flat tax à 30 %), ce qui est un levier d’optimisation intéressant — mais il ne faut pas se rémunérer qu’en dividendes, au risque d’une requalification.
Quand la SASU est pertinente : vous avez un chiffre d’affaires solide (au-delà de 150 000 € HT), vous voulez une meilleure protection sociale, ou vous envisagez d’ouvrir le capital à un associé à terme (la SAS se transforme plus facilement en société multi-associés qu’une SARL).
Les points souvent négligés par les artisans du bâtiment
La qualification RGE et les assurances. Changer de structure juridique implique de mettre à jour votre assurance décennale. Vérifiez bien que votre contrat suit le changement de forme sociale : une EURL “Martin Couverture” n’est pas automatiquement couverte par la police souscrite sous votre nom d’auto-entrepreneur. Contactez votre assureur avant de basculer.
Le capital social. En EURL comme en SASU, il peut être de 1 €. Mais pour les clients et les banques, un capital de 5 000 à 10 000 € envoie un signal de sérieux. Sur un chantier de 80 000 €, le maître d’ouvrage regarde parfois les statuts.
La TVA. À partir du moment où vous créez une société, vous êtes soumis à la TVA dès le premier euro (sauf option contraire si vous restez sous les seuils). C’est un changement à anticiper dans votre politique tarifaire : vos prix devront afficher la TVA, ce qui peut rendre vos devis moins compétitifs face à des particuliers habitués aux tarifs micro TTC.
Les frais de création et de gestion. Créer une EURL ou une SASU coûte entre 200 et 500 € (frais d’immatriculation, publication au journal d’annonces légales). Ajoutez 1 500 à 3 500 € HT/an de comptabilité selon votre activité. Ces frais sont déductibles du résultat, mais ils existent.
Comment trancher : une grille de lecture simple
| Critère | EURL | SASU |
|---|---|---|
| Charges sociales | Plus faibles (~40-45 %) | Plus élevées (~75-80 %) |
| Protection sociale | Correcte (TNS) | Meilleure (régime général) |
| Dividendes non soumis aux charges sociales | Non (au-delà de 10 % du capital) | Oui (flat tax 30 %) |
| Complexité administrative | Modérée | Modérée à élevée |
| Evolution vers société multi-associés | SARL (lourd) | SAS (plus souple) |
Si vous êtes un plombier chauffagiste qui tourne à 120 000 € HT, seul, sans projet de lever des fonds ni d’ouvrir le capital, l’EURL à l’IS est probablement votre meilleure option : structure simple, charges maîtrisées, comptabilité accessible.
Si vous êtes un façadier qui envisage d’embaucher deux compagnons dans 18 mois et qui veut se constituer une meilleure retraite, la SASU peut justifier ses charges plus élevées.
Dans tous les cas, faites simuler les deux scénarios par un expert-comptable sur la base de vos trois derniers bilans ou de vos dernières déclarations. La CAPEB propose des contacts de conseil aux artisans selon les régions. Pour les aspects fiscaux, la documentation officielle de l’administration fiscale reste la référence.
En résumé
- L’EURL convient aux artisans solo avec un CA entre 80 000 et 200 000 € HT qui veulent limiter leurs charges sociales.
- La SASU offre une meilleure protection sociale et une plus grande souplesse capitalistique, mais les charges sont nettement plus élevées.
- Dans les deux cas, pensez à mettre à jour votre assurance décennale et votre qualification RGE dès le changement de structure.
- Les dividendes sont un levier fiscal en SASU (flat tax 30 %, sans charges sociales) ; en EURL, au-delà de 10 % du capital, ils sont soumis aux cotisations TNS.
- Faites faire une simulation chiffrée par un comptable avant de signer les statuts : le bon choix dépend de votre situation personnelle, pas d’une règle générale.