Passer de solo à employeur, c’est un cap. Un bon carnet de commandes, un chantier de rénovation complète à 80 000 € HT qui arrive, et vous ne pouvez plus tout faire seul. Avant de faire signer quoi que ce soit, il y a une série de démarches obligatoires à boucler — et si vous en ratez une, les conséquences peuvent être lourdes. Voici la checklist concrète, étape par étape.
1. Avant le premier jour : les démarches administratives incontournables
La règle d’or : vous ne pouvez pas laisser quelqu’un monter sur votre chantier sans avoir effectué la déclaration préalable à l’embauche (DPAE). Cette formalité s’effectue auprès de l’URSSAF, au plus tôt 8 jours avant l’embauche et au plus tard dans les minutes qui précèdent la prise de poste. Elle se fait en ligne sur net-entreprises.fr en moins de 10 minutes.
La DPAE déclenche automatiquement :
- l’immatriculation du salarié à la Sécurité sociale (s’il n’est pas encore affilié),
- l’ouverture de ses droits à l’assurance chômage,
- l’affiliation à la médecine du travail.
À ce stade, vous devez aussi adhérer à un service de santé au travail si ce n’est pas encore fait. Pour le BTP, c’est généralement le BTP Prévention ou un service interentreprises agréé de votre département. Comptez entre 80 et 200 € par an et par salarié selon la région.
2. Le contrat de travail : CDD ou CDI, que choisir pour un premier salarié BTP ?
Un grand nombre d’artisans pensent au CDD pour “tester” avant de s’engager. C’est légal, mais encadré. Un CDD dans le bâtiment doit être justifié par un motif précis (accroissement temporaire d’activité, remplacement, chantier à durée limitée). Il doit être remis au salarié dans les 2 jours ouvrables suivant l’embauche, sous peine de requalification automatique en CDI par le conseil de prud’hommes.
Pour un maçon recruté sur un chantier de 4 mois d’extension de maison (marché à 55 000 € HT), un CDD à terme précis est cohérent. Pour un plombier que vous voulez intégrer durablement à votre équipe, le CDI est plus adapté — et plus attractif pour retenir le salarié.
Le contrat doit mentionner :
- la convention collective applicable (pour le bâtiment : IDCC 1596 pour les ouvriers des entreprises du bâtiment de moins de 10 salariés ou IDCC 1597 pour celles de 10 salariés et plus),
- le coefficient et la qualification,
- la durée du travail (35 h ou modulation),
- la période d’essai (2 semaines pour un ouvrier en CDD, 2 mois en CDI).
Consultez le site de la CAPEB ou de la FFB pour récupérer les grilles de salaires à jour.
3. Équipements, sécurité et accueil sur chantier
Vous êtes responsable de la sécurité de votre salarié dès sa première heure de travail. Ce n’est pas une option. Avant qu’il monte sur l’échafaudage ou qu’il commence à saigner des cloisons, plusieurs points sont à cocher.
EPI obligatoires à fournir gratuitement :
- casque de chantier (norme EN 397),
- chaussures de sécurité S3,
- gants adaptés à la tâche,
- harnais si travail en hauteur (> 3 m en toiture, par exemple),
- masque FFP2 ou FFP3 pour les travaux générant des poussières (découpe de carreaux, placo, etc.).
Budget moyen pour équiper un compagnon maçon ou couvreur : entre 150 et 350 € selon les EPI nécessaires.
Vous devez aussi réaliser un accueil sécurité chantier formalisé, même bref. Notez-le par écrit (date, signature du salarié), car en cas de contrôle de l’inspection du travail ou d’accident, ce document vous protège. Le OPPBTP met à disposition des supports d’accueil gratuits et prêts à l’emploi.
4. Paie, charges et caisse de congés payés : ne pas confondre
Dans le BTP, les congés payés ne fonctionnent pas comme dans les autres secteurs. Vous ne gérez pas vous-même les congés de votre salarié : c’est la caisse de congés payés BTP de votre région qui s’en charge. Vous cotisez chaque mois à hauteur d’environ 17,5 % de la masse salariale brute, et la caisse verse directement les indemnités de congés au salarié.
Concrètement, pour un ouvrier qualifié P2 payé 2 200 € brut/mois, vous reversez chaque mois environ 385 € à la caisse congés, en plus des cotisations patronales classiques (environ 42 à 45 % du brut). Le coût total employeur tourne autour de 3 200 à 3 400 € par mois pour ce profil. Calculez cette enveloppe avant de signer un devis : c’est elle qui détermine si votre marge sur le chantier reste viable.
Trouvez votre caisse sur conges-intemperies-btp.fr.
💡 Astuce outil — Recruter et étoffer votre équipe, c’est aussi le bon moment pour soigner votre image et capter de nouveaux chantiers. Aveko Builder propose aux artisans un constructeur de site simple, sans code, pensé pour mettre en avant vos réalisations, votre zone d’intervention et capter des demandes de devis en local. À tester si vous n’avez pas encore de site pro.
5. Les affichages et documents obligatoires en entreprise
Dès que vous avez un salarié, certains documents doivent être affichés dans votre local ou remis par écrit. Ce n’est pas du détail : un contrôle URSSAF ou inspection du travail peut les réclamer.
À afficher dans vos locaux (atelier, vestiaire de chantier, bureau) :
- les coordonnées de l’inspecteur du travail compétent,
- les coordonnées du médecin du travail,
- l’intitulé de la convention collective et l’endroit où la consulter,
- les horaires de travail collectifs,
- le règlement intérieur (obligatoire à partir de 20 salariés, mais bonne pratique dès le premier).
À remettre au salarié :
- un bulletin de paie conforme dès le premier mois,
- une copie du contrat signé,
- le document d’information sur la mutuelle d’entreprise (obligatoire pour tous les employeurs depuis 2016).
Pour le BTP, la mutuelle doit respectivement les garanties minimales fixées par l’accord de branche : comptez environ 50 à 70 € par mois de cotisation patronale pour une couverture standard.
En résumé
- DPAE à faire avant le premier jour sur net-entreprises.fr — zéro tolérance sur ce point.
- Contrat écrit remis dans les 48 h, avec convention collective BTP et coefficient correct.
- EPI fournis gratuitement et accueil sécurité signé dès le premier jour sur chantier.
- Caisse de congés payés BTP à rejoindre immédiatement : elle gère les CP à votre place, mais vous cotisez (~17,5 % du brut).
- Coût réel employeur = environ 145 à 150 % du salaire brut : intégrez-le dans vos devis avant d’embaucher.