Poser du verre, ça ne s’improvise pas. Entre les vitrages de sécurité obligatoires, les calculs de résistance au vent et les règles de mise en œuvre du DTU, un miroitier qui ne maîtrise pas ces textes s’expose à des malfaçons engageant sa responsabilité décennale. Voici les trois normes à avoir en tête avant de monter sur chantier.
NF DTU 39 : la bible de la pose de vitrage
Le DTU 39 est le document de référence pour tous les travaux de vitrerie et miroiterie dans le bâtiment. Il couvre la pose de vitrages sur châssis bois, aluminium, acier et PVC, aussi bien en neuf qu’en rénovation.
Ce texte fixe des exigences précises sur :
- L’épaisseur minimale des vitrages en fonction de la surface et de l’exposition au vent.
- Les jeux de calage : un vitrage doit reposer sur des cales en néoprène ou en plastique, jamais directement sur le profil métallique. Le jeu périphérique standard est de 3 mm minimum.
- La profondeur de feuillure : pour un double vitrage de 24 mm, la feuillure doit atteindre au moins 15 mm d’encastrement de chaque côté.
Exemple concret : sur une baie vitrée coulissante de 2,40 m x 2,20 m posée en zone de vent de région 2 (Bretagne, littoral atlantique), le DTU 39 impose un verre feuilleté ou un double vitrage avec une épaisseur de feuille extérieure d’au moins 6 mm. Si vous posez du 4/16/4 sans vérifier cette contrainte, vous êtes hors DTU — et hors assurance décennale en cas de casse.
Pensez aussi à la partie “Cahier des clauses spéciales” du DTU 39 : elle précise les responsabilités entre le miroitier, le menuisier et le maître d’ouvrage. Si le châssis est fourni par un autre corps d’état, vérifiez par écrit que les feuillures sont conformes avant de commander le vitrage. Un chantier de 8 fenêtres à 350 € HT l’unité peut vite tourner au cauchemar si vous devez tout reposer.
NF EN 12600 et le vitrage de sécurité : où il est obligatoire
La norme NF EN 12600 définit les classes de résistance au choc des vitrages. Elle classe les verres en trois niveaux (1, 2, 3) selon leur comportement lors d’un impact de pendule. C’est cette norme qui détermine si un vitrage est dit “de sécurité” ou non.
En France, l’obligation de poser du vitrage de sécurité est encadrée par l’article R. 111-15 du Code de la construction et précisée dans le carnet de prescriptions Bâtiment du CSTB. Les zones où le vitrage de sécurité est obligatoire sont :
- Toutes les surfaces vitrées accessibles aux personnes situées à moins de 0,90 m du sol (portes, cloisons basses, panneaux latéraux de portes d’entrée).
- Les portes entièrement vitrées, quelle que soit leur hauteur.
- Les toitures vitrées et verrières accessibles à l’entretien.
- Les parois de douche et de baignoire (travaux de rénovation de salle de bain inclus).
Exemple concret : vous intervenez pour poser une porte d’entrée vitrée pleine hauteur (2,20 m x 0,90 m) chez un particulier. Le vitrage standard 4/16/4 est interdit ici. Vous devez poser un feuilleté minimum 33.1 (deux feuilles de 3 mm assemblées avec un intercalaire PVB) ou un trempé de 6 mm. Coût de la différence : environ 45 à 70 € HT/m² selon le fournisseur. Si vous ne le mentionnez pas sur le devis et que vous posez du verre ordinaire, c’est votre responsabilité qui est engagée — pas celle du client qui n’y connaît rien.
Un bon réflexe : faites apparaître explicitement sur votre devis la mention “vitrage de sécurité NF EN 12600 classe 1B1” avec le prix correspondant. Ça protège le client, ça vous protège vous, et ça évite la discussion en fin de chantier.
NF EN 673 et les performances thermiques : ce que vous devez savoir pour la RE2020
Depuis l’entrée en vigueur de la RE2020 le 1er janvier 2022, les exigences sur les performances thermiques des parois vitrées ont encore monté d’un cran. La norme NF EN 673 est celle qui définit la méthode de calcul du coefficient de transmission thermique Ug (le “U” du vitrage seul, sans le cadre).
Ce que vous devez retenir :
- En construction neuve, la RE2020 n’impose pas directement un Ug minimal, mais le calcul global du bâtiment (via le coefficient Bbio) tire vers un Ug ≤ 1,0 W/m²·K pour les vitrages courants. En pratique, les bureaux d’études imposent souvent un triple vitrage (Ug ≈ 0,6 W/m²·K) sur les façades les plus exposées.
- En rénovation, la réglementation thermique par élément (arrêté du 3 mai 2007 modifié) impose un Uw ≤ 1,3 W/m²·K (Uw = valeur de la fenêtre complète, cadre inclus) dès lors que vous remplacez un vitrage ou une fenêtre.
- Le coefficient g (facteur solaire) est également encadré : pour les baies orientées sud en RE2020, un facteur g ≤ 0,36 est souvent requis pour éviter la surchauffe estivale.
Exemple concret : un client vous demande de remplacer 6 fenêtres de 1,20 m x 1,40 m dans un appartement haussmannien à Paris (rénovation, pas de neuf). Si vous posez un double vitrage 4/16/4 argon avec Ug = 1,1 W/m²·K et un cadre PVC standard, le Uw final risque de dépasser 1,3 W/m²·K. Résultat : vous êtes hors réglementation thermique par élément. La bonne solution ici est un double vitrage à isolation renforcée (VIR) avec couche low-e, pour un Ug autour de 0,7 W/m²·K — surcoût d’environ 15 à 25 € HT/m² de vitrage, mais conformité garantie.
Pour vérifier vos valeurs, demandez systématiquement la fiche technique du fabricant avec les coefficients Ug et g certifiés selon NF EN 673. Un vitrage sans fiche technique certifiée, c’est un vitrage que vous ne pouvez pas défendre en cas de litige.
En résumé
- DTU 39 : respectez les épaisseurs, les jeux de calage et les profondeurs de feuillure selon la surface et la zone de vent — vérifiez les châssis avant de commander.
- NF EN 12600 : le vitrage de sécurité est obligatoire sous 0,90 m du sol, sur toutes les portes vitrées et dans les douches — mentionnez-le explicitement sur vos devis.
- NF EN 673 + RE2020 / réglementation par élément : en neuf, visez un Ug ≤ 1,0 W/m²·K ; en rénovation, le Uw de la fenêtre finie ne doit pas dépasser 1,3 W/m²·K.
- Demandez toujours la fiche technique certifiée du vitrage à votre fournisseur : c’est votre seule preuve en cas de litige ou de contrôle assurance décennale.
- En cas de doute sur une prescription de maître d’œuvre, demandez-la par écrit — un e-mail suffit.