Vous cotisez à PRO BTP chaque mois, parfois sans vraiment savoir ce que vous obtenez en retour. Santé, retraite complémentaire, prévoyance, action sociale : le régime couvre un spectre large — mais tout ne s’applique pas automatiquement selon votre statut. Voici ce que PRO BTP couvre vraiment, poste par poste, pour un artisan du bâtiment.
Qui est concerné par PRO BTP ?
PRO BTP est l’organisme de protection sociale de la branche du bâtiment et des travaux publics. Si vous êtes salarié du BTP ou si vous employez des salariés dans ce secteur, vous y êtes affilié de plein droit. C’est une obligation conventionnelle issue des conventions collectives nationales du bâtiment, que vous ayez un compagnon maçon sur chantier ou un apprenti plombier.
En revanche, si vous êtes artisan indépendant sans salarié — auto-entrepreneur ou en entreprise individuelle — vous n’êtes pas affilié à PRO BTP par défaut. Votre protection sociale relève dans ce cas du régime des travailleurs non-salariés (TNS), géré par la Sécurité sociale des indépendants. Clarifier votre situation dès le départ évite de payer pour des garanties qui ne vous concernent pas ou, à l’inverse, de penser être couvert alors que vous ne l’êtes pas.
Exemple concret : un électricien qui embauche son premier salarié en CDI à 2 000 € brut/mois doit immédiatement adhérer à PRO BTP pour cet employé. La cotisation patronale de prévoyance tourne autour de 1,5 à 2 % du salaire brut selon la caisse, soit environ 30 à 40 €/mois — à intégrer dès le calcul du coût d’embauche.
La complémentaire santé : ce qu’elle rembourse vraiment
PRO BTP propose une complémentaire santé (mutuelle) obligatoire pour vos salariés. Depuis la loi ANI de 2016, tout employeur doit financer au moins 50 % de la cotisation de la mutuelle d’entreprise de ses salariés. PRO BTP vous propose des contrats conformes à cette obligation, avec plusieurs niveaux de garanties.
En pratique, les remboursements portent sur :
- Les consultations : remboursement à 100 % du tarif conventionnel (base Sécurité sociale) pour un médecin de secteur 1, avec un complément variable selon le niveau souscrit.
- L’optique : un verre progressif peut être pris en charge entre 100 € et 300 € selon la formule. Avec les plafonds du “100 % Santé”, certaines montures sont intégralement remboursées.
- Les soins dentaires : les prothèses relevant du panier 100 % Santé sont remboursées sans reste à charge. Au-delà, le remboursement dépend de la formule choisie — certains contrats PRO BTP couvrent jusqu’à 200 % de la base pour les couronnes.
- L’hospitalisation : chambre particulière à 50 €/jour en moyenne remboursée selon le niveau, forfait journalier hospitalier (4 € en 2024) systématiquement couvert.
Un couvreur qui embauche un compagnon à 2 200 € brut/mois paiera environ 80 à 100 € HT/mois pour la mutuelle de ce salarié (cotisation totale), dont 40 à 50 € à sa charge en tant qu’employeur.
La prévoyance : incapacité, invalidité, décès
C’est souvent le volet le moins bien compris — et pourtant le plus critique dans le BTP, où les accidents sur chantier ne sont pas rares.
La prévoyance PRO BTP couvre trois risques majeurs :
1. L’incapacité temporaire de travail (ITT) : si un de vos salariés est arrêté après un accident ou une maladie, PRO BTP verse des indemnités journalières complémentaires à celles de la Sécurité sociale. Le but est d’atteindre environ 70 % du salaire brut. Pour un compagnon carreleur à 2 000 € brut/mois, ça représente environ 1 400 €/mois, contre environ 1 000 € versés par la Sécu seule.
2. L’invalidité permanente : en cas d’invalidité de 2e ou 3e catégorie reconnue par la Sécurité sociale, une rente complémentaire est versée. Le montant varie selon le contrat, mais il peut représenter 30 à 50 % du salaire annuel de référence.
3. Le décès et la perte totale et irréversible d’autonomie (PTIA) : un capital décès est versé aux ayants droit. Pour un salarié au niveau de qualification N2 dans le bâtiment, ce capital peut dépasser 40 000 € selon les garanties souscrites.
Attention : pour les arrêts de travail, la loi impose une garantie minimale de maintien de salaire à votre charge en tant qu’employeur (voir les obligations sur service-public.fr). La prévoyance PRO BTP vient compléter ce dispositif, elle ne s’y substitue pas.
La retraite complémentaire : le rôle de PRO BTP
PRO BTP gère la retraite complémentaire AGIRC-ARRCO pour les salariés du bâtiment. Depuis la fusion AGIRC-ARRCO en 2019, tous les salariés cadres et non-cadres cotisent dans le même régime, selon deux tranches :
- Tranche 1 : sur la part du salaire jusqu’au plafond de la Sécurité sociale (3 864 €/mois en 2024). Taux global : 7,87 %, dont environ 60 % à la charge de l’employeur.
- Tranche 2 : sur la part du salaire entre 1 et 8 fois le plafond. Taux global : 21,59 %.
Pour un charpentier salarié à 2 500 € brut/mois, la cotisation retraite complémentaire à la charge de l’employeur représente environ 90 à 100 €/mois. Ces points accumulés constituent sa retraite complémentaire future — un argument RH concret si vous cherchez à fidéliser un bon compagnon.
PRO BTP propose également des produits d’épargne retraite supplémentaire (PER collectif), que vous pouvez mettre en place dans votre entreprise pour vous-même si vous êtes TNS, ou pour vos salariés.
L’action sociale : des aides méconnues mais accessibles
Moins connue des artisans employeurs, l’action sociale de PRO BTP peut pourtant représenter plusieurs centaines, voire milliers d’euros d’aides concrètes par an.
Parmi les prestations disponibles :
- Aides au logement : aide à l’accession à la propriété, prêts à taux préférentiels pour un salarié qui achète sa résidence principale. Un aide-maçon primo-accédant peut bénéficier d’un prêt immobilier complémentaire à taux réduit via Action Logement, accessible via PRO BTP.
- Garde d’enfants : participation financière pour la crèche ou la garde à domicile. Jusqu’à 600 €/an par enfant selon les revenus du foyer.
- Aide en cas de coup dur : si un salarié traverse une période difficile (divorce, décès d’un proche, accident non couvert), des fonds de secours peuvent être mobilisés rapidement — parfois en moins d’une semaine.
- Vacances et loisirs : chèques-vacances, séjours en centres de vacances affiliés. Moins prioritaire pour vous, mais utile pour valoriser votre attractivité employeur face à des grandes entreprises du BTP.
Ces aides sont financées par vos cotisations. Les ignorer, c’est laisser de l’argent sur la table.
En résumé
- PRO BTP est obligatoire pour tout employeur du BTP ayant au moins un salarié, dès le premier jour de contrat.
- Il couvre quatre grands domaines : mutuelle santé, prévoyance (ITT, invalidité, décès), retraite complémentaire AGIRC-ARRCO, et action sociale.
- Les artisans indépendants sans salarié ne sont pas affiliés par défaut : leur couverture relève du régime TNS.
- La prévoyance BTP est particulièrement importante dans nos métiers : un accident sur chantier peut mettre un compagnon sur le carreau plusieurs mois — mieux vaut que la couverture soit solide.
- L’action sociale de PRO BTP propose des aides concrètes souvent méconnues : renseignez-vous auprès de votre conseiller PRO BTP ou consultez le site de la CAPEB pour connaître les dispositifs négociés pour votre branche.