Facturer un sous-traitant BTP : les règles du jeu

Vous faites appel à un sous-traitant pour un chantier de rénovation, une pose de carrelage ou une intervention d’électricité en sous-traitance ? Bien. Mais entre le bon de commande, la facture reçue et ce que vous refacturez à votre client, il y a des règles à respecter — et elles ne laissent pas de place à l’approximation. Tour d’horizon concret pour éviter les redressements et les litiges.

Sous-traitance BTP : de quoi parle-t-on exactement ?

Un sous-traitant, c’est une entreprise ou un artisan à qui vous confiez une partie des travaux que vous avez vous-même contractés avec votre client maître d’ouvrage. Vous restez responsable du résultat final vis-à-vis du client : c’est vous l’entrepreneur principal.

La loi du 31 décembre 1975 relative à la sous-traitance pose le cadre général. Elle impose notamment que tout sous-traitant soit accepté par le maître d’ouvrage et que ses conditions de paiement soient agréées. Si vous ne formalisez pas cela, vous vous exposez à des litiges, voire à l’inopposabilité du contrat.

Exemple concret : vous êtes maçon, vous décrochez un chantier de 45 000 € HT pour la construction d’une extension. Vous sous-traitez la charpente à un charpentier pour 8 500 € HT. Ce charpentier doit être déclaré au maître d’ouvrage avant de mettre le pied sur le chantier.

Le contrat de sous-traitance : obligatoire, pas optionnel

Travailler sur une poignée de mains, c’est une habitude dans le bâtiment. Mais pour la sous-traitance, un contrat écrit est indispensable. Il protège les deux parties et constitue la pièce justificative en cas de litige ou de contrôle fiscal.

Ce contrat doit mentionner :

  • La nature exacte des travaux sous-traités (ex. : pose de 120 m² de carrelage grès cérame en rez-de-chaussée)
  • Le prix convenu (ex. : 4 200 € HT, fournitures exclues)
  • Les délais d’exécution
  • Les modalités de paiement
  • La référence au chantier principal

Sans contrat clair, la facturation sera contestable. Et si votre sous-traitant n’est pas payé, il peut exercer une action directe contre le maître d’ouvrage — ce qui peut vite créer une situation embarrassante avec votre client.

TVA et auto-liquidation : la règle qui change tout

C’est le point qui fait trébucher le plus d’artisans. Depuis le 1er janvier 2014, la TVA sur les travaux de sous-traitance dans le bâtiment est auto-liquidée par le donneur d’ordre (vous), et non collectée par le sous-traitant.

Concrètement : votre sous-traitant vous envoie une facture hors taxes, sans TVA. Il mentionne obligatoirement sur cette facture la mention : “Auto-liquidation — article 283, 2 nonies du CGI”. C’est vous qui déclarez et déduisez la TVA en même temps, dans votre propre déclaration de TVA.

Exemple chiffré : votre plombier sous-traitant vous facture 3 600 € HT pour l’installation d’une salle de bain. Il ne vous facture pas 432 € de TVA (12 % taux réduit). Vous auto-liquidez cette TVA dans votre déclaration CA3. Résultat : vous la déclarez et la déduisez simultanément, l’impact est neutre pour vous, mais le mécanisme doit être correctement appliqué.

Si votre sous-traitant vous facture de la TVA par erreur, ne la payez pas et demandez-lui de corriger sa facture. Payer une TVA non due ne vous donne aucun droit à déduction.

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Comment facturer votre client final : ne pas confondre les deux niveaux

Vous avez pris en charge un chantier global. Votre client ne voit qu’une seule facture : la vôtre. Vous facturez l’ensemble des travaux, y compris la part sous-traitée, en intégrant votre marge.

Exemple : chantier de rénovation de façade à 28 000 € HT. Vous sous-traitez l’échafaudage pour 2 800 € HT et le ravalement proprement dit pour 12 000 € HT. Vous facturez le tout à votre client au prix global convenu dans votre devis signé, soit 28 000 € HT. Votre marge brute sur la partie sous-traitée est à vous de la calculer.

Quelques points de vigilance sur votre propre facture :

  • Vous collectez la TVA normalement auprès de votre client final (sauf si lui-même est assujetti et que le mécanisme d’auto-liquidation s’applique dans le cadre de marchés publics ou privés spécifiques).
  • Votre facture doit correspondre exactement à ce qui a été devisé. Tout dépassement doit faire l’objet d’un avenant signé.
  • N’oubliez pas d’inclure le numéro de sous-traitant agréé dans vos mentions si le maître d’ouvrage vous le demande.

Paiement du sous-traitant : délais et garanties

La loi est claire sur les délais de paiement. Selon la loi LME (article L441-10 du Code de commerce), le délai de paiement ne peut pas dépasser 45 jours fin de mois ou 60 jours à compter de la date d’émission de la facture.

Dans les faits, beaucoup de sous-traitants souffrent de paiements tardifs. Pour vous prémunir en tant que donneur d’ordre :

  • Fixez des jalons de paiement clairs dans le contrat (ex. : 30 % à la commande, 50 % à mi-chantier, 20 % à réception)
  • Prévoyez une retenue de garantie de 5 % maximum, libérée dans un délai d’un an après réception des travaux, conformément à la loi du 16 juillet 1971
  • Exigez une caution bancaire si la retenue de garantie dépasse un certain montant

Exemple : chantier de 15 000 € HT, retenue de garantie de 5 % = 750 € HT bloqués pendant un an. Si aucun désordre n’est constaté à l’issue, vous libérez ces 750 € HT dans les délais légaux.

En résumé

  • Tout sous-traitant doit être déclaré et accepté par le maître d’ouvrage avant le début des travaux — c’est une obligation légale, pas une formalité.
  • Le contrat de sous-traitance écrit est indispensable : nature des travaux, prix, délais, modalités de paiement.
  • La TVA sur les factures de sous-traitance est auto-liquidée par vous : le sous-traitant facture HT, vous déclarez la TVA dans votre CA3.
  • Vous facturez votre client final sur la base de votre devis global, en intégrant la part sous-traitée avec votre marge.
  • Respectez les délais de paiement légaux et encadrez la retenue de garantie à 5 % maximum, libérable dans l’année suivant la réception.