Vous venez de créer votre entreprise de charpente et votre agenda est vide. Pas de panique : tous les charpentiers qui travaillent bien aujourd’hui ont vécu ce moment. Ce qui fait la différence, c’est la méthode. Voici comment remplir votre carnet de commandes sans perdre de temps ni d’argent.
Commencez par votre réseau proche, sans honte
Le premier chantier ne viendra pas d’une campagne publicitaire. Il viendra d’un voisin, d’un ancien collègue ou d’un maître d’ouvrage que vous connaissez déjà. Ce n’est pas du favoritisme, c’est de la réalité économique.
Dressez une liste de 30 à 50 personnes dans votre entourage : famille, amis, anciens employeurs, collègues de l’entreprise où vous avez fait vos armes. Contactez-les directement, par téléphone ou en face à face. Dites-leur simplement : “Je viens de m’installer comme charpentier en nom propre, si vous entendez parler d’un projet de toiture ou d’extension bois dans le coin, pensez à moi.”
Un exemple concret : un charpentier installé dans le Morbihan a décroché son premier chantier — une charpente traditionnelle pour une extension de 40 m² à 8 500 € HT — grâce à un beau-frère qui construisait sa maison. Ce chantier lui a ensuite permis d’obtenir deux devis supplémentaires dans le même lotissement, par effet de bouche-à-oreille.
N’attendez pas qu’on vous appelle. Allez chercher.
Frappez aux portes des autres artisans du bâtiment
La charpente ne s’effectue jamais seule sur un chantier. Elle précède la couverture, s’articule avec la maçonnerie, accompagne les projets d’extension ou de surélévation. Ce sont donc les maçons, les couvreurs, les menuisiers et les constructeurs de maisons individuelles qui peuvent vous apporter du travail régulier.
Identifiez les entreprises locales qui travaillent sur des chantiers de construction neuve ou de rénovation lourde dans un rayon de 40 à 50 km autour de chez vous. Présentez-vous en personne, avec une carte de visite et, si possible, quelques photos de vos réalisations (même issues de vos années de salarié, avec l’accord de votre ancien employeur).
Proposez une logique de partenariat simple : vous sous-traitez pour eux sur leurs chantiers ou vous vous recommandez mutuellement. Un couvreur qui pose 800 m² de tuiles par an a forcément besoin d’un charpentier fiable. S’il en connaît un qui répond au téléphone, arrive à l’heure et rend un travail propre, il ne le lâche plus.
La Fédération Française du Bâtiment (FFB) et la CNATP organisent régulièrement des réunions locales et des événements de mise en réseau entre artisans. C’est le bon endroit pour serrer des mains et laisser une carte.
Soignez votre visibilité en ligne, simplement
Vous n’avez pas besoin d’un site vitrine sophistiqué pour commencer. Mais vous avez besoin d’une fiche Google Business Profile à votre nom, correctement remplie, avec votre zone d’intervention, vos photos de chantier et vos coordonnées. C’est gratuit et c’est la première chose qu’un particulier regardera quand il tapera “charpentier [votre ville]” sur son téléphone.
Quelques règles de base pour que la fiche soit efficace :
- Renseignez vos spécialités (charpente traditionnelle, fermettes, charpente lamellé-collé, ossature bois, etc.)
- Ajoutez 5 à 10 photos de vrais chantiers, même modestes
- Demandez à vos premiers clients de laisser un avis Google : un avis positif vaut mieux que 500 € de publicité
Sur les réseaux sociaux, une page Facebook professionnelle avec quelques photos de chantier suffit dans un premier temps. Une charpente en cours de levage, une ferme posée, un avant/après de rénovation de toiture : ces images parlent d’elles-mêmes aux propriétaires qui ont un projet.
💡 Astuce outil : L’outil “Google Business Profile” (anciennement Google My Business) est entièrement gratuit. Consacrez 2 heures à le configurer correctement dès le premier mois de votre activité : c’est l’investissement avec le meilleur retour sur le temps passé pour un artisan local.
Répondez aux appels d’offres publics et privés
Les marchés publics font peur à beaucoup d’artisans qui se lancent, souvent à tort. Les petites communes — mairies, écoles, gymnases — lancent régulièrement des travaux de charpente ou de couverture pour des montants accessibles à une TPE : entre 15 000 et 80 000 € HT pour une réfection de charpente sur un bâtiment communal, par exemple.
Pour accéder à ces marchés, vous devez vous inscrire sur PLACE, la plateforme des achats de l’État, et surveiller les avis de marché publiés par les collectivités de votre département. Un simple abonnement aux alertes par code CPV (les codes de travaux de charpente sont référencés sous 45261000 et proches) vous permet de recevoir les appels d’offres par e-mail.
Ne visez pas d’emblée les gros marchés à 500 000 € : concentrez-vous sur les lots charpente de 20 000 à 60 000 € HT, où la concurrence est moins féroce et où votre réactivité est un atout.
Pour les marchés privés, les promoteurs locaux, les bailleurs sociaux et les architectes indépendants ont souvent besoin d’artisans charpentiers pour des consultations restreintes. Un architecte qui apprécie votre sérieux peut vous intégrer dans ses listes de consultés pour tous ses projets futurs. Déposez votre dossier de présentation chez 10 à 15 cabinets d’architecture dans votre secteur : nom, SIRET, assurance décennale, références.
Gérez vos devis pour ne pas travailler gratuitement
Trouver des chantiers, c’est bien. Les transformer en chiffre d’affaires réel, c’est mieux. Un devis mal calibré, c’est un chantier réalisé à perte.
Prenez le temps de chiffrer correctement chaque intervention : le coût horaire réel d’un charpentier indépendant (charges comprises) se situe généralement entre 45 et 65 € HT de l’heure selon la région et le niveau de qualification. Ajoutez le coût des matériaux avec une marge raisonnable (10 à 15 % sur les approvisionnements), les frais de déplacement et les frais fixes de votre structure.
Par exemple, pour une charpente traditionnelle sur une maison de 100 m² d’emprise au sol, comptez en moyenne 6 à 9 jours de travail pour un compagnon seul ou 3 à 5 jours avec un aide. Ne bradez pas votre premier devis pour décrocher le chantier : un client qui vous choisit uniquement parce que vous êtes 20 % moins cher que le voisin ne sera pas fidèle et ne vous recommandera pas.
Utilisez un modèle de devis clair, avec le détail des prestations, les délais d’intervention et la mention de votre assurance décennale. C’est une obligation légale pour tout artisan du bâtiment (article L241-1 du Code des assurances) et c’est aussi un gage de sérieux aux yeux du client.
En résumé
- Activez votre réseau personnel en premier : un appel téléphonique coûte moins cher qu’une annonce et convertit mieux.
- Nouez des partenariats avec les couvreurs, maçons et menuisiers de votre secteur : la cotraitance et la sous-traitance sont des accélérateurs puissants.
- Créez une fiche Google Business Profile complète dès le lancement : c’est votre vitrine locale gratuite.
- Consultez les marchés publics locaux dès les premiers mois : les petites communes cherchent des artisans réactifs.
- Chiffrez vos devis au juste prix dès le départ — un premier chantier rentable vaut mieux que dix chantiers bradés.