La norme NF C 15-100 est la référence incontournable pour toute installation électrique basse tension en France. Elle s’impose à vous dès qu’un client vous confie un logement neuf, une rénovation complète ou même un simple tableau à refaire. Maîtriser ses points clés, c’est éviter les levées de réserves, les reprises coûteuses et les litiges avec le maître d’ouvrage.
Ce que la norme couvre réellement
La NF C 15-100 s’applique aux installations électriques basse tension (entre 50 V et 1 000 V en courant alternatif) dans les locaux d’habitation neufs et rénovés. Elle fixe des règles sur la conception, la réalisation et la vérification des installations.
Ce qu’elle impose concrètement : le nombre minimal de circuits, la puissance de raccordement, la protection des personnes, le calibrage des disjoncteurs, l’organisation du tableau et la liaison équipotentielle. Elle est régulièrement mise à jour — la dernière version consolidée date de 2015, avec des amendements publiés depuis. Consultez les mises à jour directement sur le site de l’AFNOR pour ne pas travailler sur une version obsolète.
Cas concret : sur une maison individuelle de 90 m² avec chauffage électrique, la norme exige une puissance de raccordement minimale de 9 kVA. Proposer une installation à 6 kVA, c’est garantir un disjoncteur de branchement qui saute dès le premier hiver.
Le nombre de circuits et de prises : les règles à ne pas rater
C’est là que se font la plupart des erreurs sur chantier. La norme impose un nombre minimal de circuits spécialisés selon la superficie du logement et un nombre minimal de prises par pièce.
Repères à avoir en tête :
- Séjour / salon : au moins 5 prises de courant pour une superficie inférieure à 28 m², et 1 prise supplémentaire par tranche de 4 m² au-delà.
- Cuisine : 6 prises minimum, dont 4 sur un plan de travail, réparties sur au moins 2 circuits dédiés (2 x 20 A).
- Chambre : 3 prises minimum, plus 1 prise téléphone/réseau et 1 prise TV si prévu.
- Circuits spécialisés obligatoires : 1 circuit 20 A pour le lave-linge, 1 circuit 20 A pour le lave-vaisselle, 1 circuit 32 A pour la cuisinière ou la plaque de cuisson, 1 circuit 20 A pour le chauffe-eau.
Cas concret : sur un appartement T3 de 65 m² en rénovation totale à Paris, le carnet de recette du CONSUEL a pointé l’absence d’un circuit 20 A dédié au lave-vaisselle — la cuisine en avait un seul pour les deux appareils. Résultat : reprise du tableau, tirage d’un nouveau câble 2,5 mm², une demi-journée de travail perdue et une attestation CONSUEL repoussée de 10 jours.
Le tableau électrique : calibrage et organisation
Le tableau de répartition doit être dimensionné pour accueillir tous les circuits, protections et dispositifs différentiels requis. La norme impose au minimum :
- Un disjoncteur de branchement adapté à la puissance souscrite (15 A pour 3 kVA, 30 A pour 6 kVA, 45 A pour 9 kVA, 60 A pour 12 kVA).
- Des interrupteurs différentiels 30 mA pour protéger les personnes, regroupant au maximum 8 circuits par bloc différentiel.
- Un dispositif différentiel 500 mA côté branchement pour la protection de l’installation contre les défauts d’isolement importants.
- Des disjoncteurs divisionnaires calibrés selon le câble en aval : 16 A pour du 1,5 mm² (éclairage), 20 A pour du 2,5 mm² (prises), 32 A pour du 6 mm² (cuisinière).
La règle des 8 circuits par différentiel est souvent négligée sur les petits chantiers. Si vous câblez un pavillon avec 14 circuits et que vous mettez tout derrière un seul 30 mA, vous êtes hors norme — et le CONSUEL vous le retournera sans hésiter.
Cas concret : pour un pavillon neuf de 120 m² avec 16 circuits, prévoyez un tableau de 3 rangées avec 2 blocs différentiels 40 A/30 mA. Le coût matériel tourne autour de 180 à 250 € HT selon la marque, et le temps de câblage du seul tableau est d’environ 4 heures.
La salle de bains : les volumes à respecter absolument
C’est la zone la plus réglementée de toute l’installation. La norme découpe la salle de bains en 3 volumes (0, 1, 2) qui définissent précisément ce que vous pouvez installer — ou non — à chaque endroit.
- Volume 0 (dans la baignoire ou le receveur de douche) : aucun appareil électrique autorisé.
- Volume 1 (au-dessus de la baignoire jusqu’à 2,25 m de hauteur) : seuls les appareils étanches IPX4 alimentés en très basse tension de sécurité (TBTS) sont autorisés — par exemple, un haut-parleur étanche avec transfo extérieur.
- Volume 2 (jusqu’à 60 cm autour du volume 1) : appareils IPX4 autorisés, dont les sèche-serviettes et les luminaires étanches. Les prises de courant sont interdites dans ce volume.
- Au-delà du volume 2 : prises et appareils classiques autorisés, sous réserve de respecter la distance de 60 cm de tout point d’eau.
La liaison équipotentielle supplémentaire (LES) est obligatoire dans toute salle de bains : elle relie entre elles toutes les masses métalliques (baignoire, receveur, robinetterie, radiateur, canalisations) et se raccorde au bornier du tableau. Un oubli de cette liaison, c’est une réserve CONSUEL systématique.
Cas concret : sur un chantier de salle de bains à Bordeaux, un client avait demandé une prise USB murale à 40 cm de la douche à l’italienne. Refus justifié par la norme : le volume 2 s’étendait jusqu’à 60 cm de la paroi de douche. La prise a été déplacée à 70 cm, problème réglé.
Le CONSUEL : préparer son dossier pour éviter les aller-retours
Le CONSUEL (Comité National pour la Sécurité des Usagers de l’Électricité) délivre l’attestation de conformité indispensable pour le raccordement au réseau Enedis. Sans elle, pas de mise en service.
Pour un logement neuf, l’attestation de conformité (formulaire Cerfa) est à déposer avant le raccordement. Pour une rénovation avec modification du tableau, elle est obligatoire si vous intervenez sur l’alimentation principale.
Ce que vous devez préparer :
- Le schéma unifilaire du tableau, à jour et lisible.
- La liste complète des circuits avec leur calibre et la section des câbles.
- La mesure de la résistance de la prise de terre (inférieure à 100 ohms pour un simple différentiel 500 mA, ou inférieure à 30 ohms si vous voulez rester large).
- Le procès-verbal de vérification de l’isolement entre phases et entre phase et terre (supérieur à 1 MΩ par circuit).
Un dossier incomplet = visite de contrôle repoussée de 2 à 3 semaines, parfois plus en période chargée. Autant le préparer carré dès le départ.
Toutes les démarches de déclaration sont accessibles sur entreprendre.service-public.fr.
En résumé
- La NF C 15-100 impose des règles précises sur le nombre de circuits, le calibrage et l’organisation du tableau : ne pas les connaître, c’est garantir des reprises sur chantier.
- Le nombre de prises par pièce et les circuits spécialisés (lave-linge, cuisinière, lave-vaisselle) sont non négociables, quelle que soit la demande du client.
- En salle de bains, les volumes 0, 1 et 2 déterminent ce que vous pouvez installer — et la liaison équipotentielle supplémentaire est toujours obligatoire.
- Le CONSUEL exige un dossier complet et des mesures documentées : schéma unifilaire, résistance de terre, test d’isolement.
- Consultez régulièrement les mises à jour de la norme sur le site de l’AFNOR : les amendements peuvent changer des règles que vous appliquez depuis des années.