Indemnités kilométriques : ce que vous pouvez vraiment déduire

Quand vous faites 80 km par jour entre votre domicile, un chantier de maçonnerie en matinée et une pose de carrelage l’après-midi, les kilomètres s’accumulent vite. Et les euros aussi, si vous savez comment les traiter. Voici les règles concrètes pour déduire vos frais kilométriques sans vous planter.

Ce que dit la règle de base : domicile-chantier vs chantier-chantier

Le point de départ, c’est la nature du trajet. L’administration fiscale distingue deux situations :

Le trajet domicile → premier chantier est considéré comme un déplacement professionnel déductible, à condition que votre domicile soit aussi votre lieu habituel de travail (ce qui est le cas de la quasi-totalité des artisans indépendants qui n’ont pas de local professionnel fixe).

Les trajets entre chantiers sont, eux, intégralement déductibles sans discussion : vous êtes en activité professionnelle.

Exemple concret : vous êtes plombier, vous partez de chez vous à Melun pour aller sur un chantier à Fontainebleau (35 km), puis vous allez sur un second chantier à Nemours (25 km), et vous rentrez chez vous (40 km). Total : 100 km. Les 60 km inter-chantiers sont déductibles à 100 %. Les 35 km aller et les 40 km retour le sont aussi, dès lors que votre domicile est votre base professionnelle.

Pour vérifier les règles applicables à votre statut, consultez le portail officiel des entreprises sur service-public.fr.

Le barème kilométrique de l’administration fiscale : les chiffres 2024

Pour les véhicules utilisés à des fins professionnelles, l’administration publie chaque année un barème kilométrique qui permet de calculer le montant déductible. Pour 2024 (revenus 2023), voici les taux applicables aux véhicules de moins de 3,5 tonnes (camionnette d’artisan incluse) :

Pour un véhicule de 3 CV :

  • Jusqu’à 5 000 km : 0,502 €/km
  • De 5 001 à 20 000 km : 0,3 €/km + 1 007 €
  • Au-delà de 20 001 km : 0,35 €/km

Pour un véhicule de 5 CV :

  • Jusqu’à 5 000 km : 0,621 €/km
  • De 5 001 à 20 000 km : 0,371 €/km + 1 251 €
  • Au-delà de 20 001 km : 0,433 €/km

Ces barèmes couvrent l’usure du véhicule, l’assurance, le carburant et les frais d’entretien. Autrement dit, si vous utilisez le barème, vous ne pouvez pas déduire en plus vos factures d’essence ou de révision.

Un électricien roulant 18 000 km professionnels par an avec un véhicule 5 CV récupère ainsi : (18 000 × 0,371) + 1 251 = 7 929 € de charges déductibles. Pas négligeable.

Véhicule au nom de l’entreprise ou personnel : ça change tout

Si votre camionnette est inscrite à l’actif de votre entreprise (cas le plus fréquent en EURL ou SASU), vous ne pouvez pas utiliser le barème kilométrique. Vous déduisez les charges réelles : carburant, assurance, entretien, amortissement du véhicule. Gardez toutes vos factures.

Si vous utilisez votre véhicule personnel pour des déplacements professionnels, là vous appliquez le barème. C’est souvent le cas des micro-entrepreneurs en bâtiment qui n’ont pas de véhicule professionnel dédié.

Exemple : un peintre en bâtiment auto-entrepreneur parcourt 12 000 km pro dans l’année avec sa voiture personnelle 4 CV. Il peut déduire : (12 000 × 0,341) + 1 084 = 5 176 € de son chiffre d’affaires imposable via sa déclaration de revenus (2042 C PRO).

Attention : en micro-entreprise, l’abattement forfaitaire est censé couvrir tous les frais. La déduction des frais kilométriques réels n’est possible que si vous optez pour le régime réel. Renseignez-vous auprès de votre comptable ou sur Bpifrance Création pour comparer les deux régimes.

Tenir un carnet de route : l’outil indispensable en cas de contrôle

L’administration peut vous demander de justifier vos kilomètres professionnels. Sans preuve, la déduction tombe. Le carnet de route est votre meilleure protection.

Il doit mentionner pour chaque trajet :

  • La date
  • Le lieu de départ et d’arrivée (adresse du chantier)
  • Le nom du client ou la nature du chantier
  • Le kilométrage au départ et à l’arrivée (ou le nombre de km parcourus)
  • Le motif professionnel

Un couvreur qui fait 3 chantiers par semaine pendant 48 semaines, c’est potentiellement 144 trajets à justifier. Tenez-le à jour au quotidien, pas en fin d’année de mémoire. Un simple fichier tableur ou un carnet papier dans la boite à gants suffit.

💡 Astuce outil : des applications comme Mileage ou Google Maps en mode “historique” peuvent vous aider à reconstituer des trajets. Mais rien ne remplace une saisie rigoureuse en temps réel, surtout si vous enchaînez plusieurs adresses dans la journée.

Ce qu’on oublie souvent : les allers-retours pour livraisons et dépôts

Entre deux chantiers, vous faites régulièrement des détours : récupérer du matériel chez votre fournisseur, déposer des gravats en déchetterie professionnelle, passer chercher une pièce en urgence. Ces trajets sont intégralement déductibles car directement liés à l’activité.

Un menuisier qui passe deux fois par semaine chez son négociant en bois (18 km aller-retour) accumule sur l’année : 2 × 18 km × 48 semaines = 1 728 km supplémentaires. Avec un véhicule 5 CV et 18 000 km professionnels totaux, ces 1 728 km représentent environ 641 € de déduction en plus. Ça mérite qu’on les note.

Le trajet pour aller chercher votre apprenti chez lui avant le chantier ? Aussi déductible, si c’est vous qui organisez son transport. Documentez-le.

En résumé

  • Le barème kilométrique 2024 s’applique uniquement aux véhicules personnels utilisés pro ; les véhicules inscrits à l’actif de l’entreprise font l’objet de déductions de charges réelles.
  • Tous les trajets inter-chantiers sont déductibles à 100 % ; le trajet domicile-chantier l’est aussi si votre domicile est votre base professionnelle.
  • Un carnet de route rigoureux (date, adresses, km, motif) est indispensable pour tenir face à un contrôle fiscal.
  • N’oubliez pas les détours pour livraisons, dépôts de gravats et achats de matériaux : ils s’accumulent vite sur l’année.
  • En micro-entreprise, la déduction des frais réels n’est possible qu’au régime réel : faites le calcul avant de choisir votre régime.