Vous avez décroché un chantier de 80 000 € HT et vous ne pouvez plus tout porter seul. Embaucher un premier salarié, c’est un cap qui fait peur — surtout quand on n’a jamais géré que sa propre tête. Voici la checklist concrète pour ne rien oublier, de l’URSSAF au premier jour sur le chantier.
1. Avant la signature : vérifiez que vous êtes en règle pour embaucher
Avant de penser au contrat, assurez-vous que votre structure peut accueillir un salarié.
Votre immatriculation est-elle à jour ? Un auto-entrepreneur ne peut pas embaucher sous ce régime sans basculer en entreprise individuelle classique ou en société. Si vous êtes encore en micro-entreprise, renseignez-vous auprès de la CAPEB ou de la CMA France avant de signer quoi que ce soit.
Ouvrez un compte auprès de la caisse de congés payés du bâtiment. Dans le BTP, c’est la règle : les congés payés ne sont pas gérés par vous, mais par une caisse spécifique (CIBTP ou caisse régionale équivalente). Vous cotisez, la caisse paie le salarié pendant ses congés. Oubliez cela et vous vous exposez à un redressement.
Adhérez à un service de médecine du travail. L’affiliation au service de santé au travail interentreprises (SSTI) de votre département est obligatoire avant l’embauche, pas après. Comptez environ 80 à 150 € par an et par salarié selon les régions.
2. La DPAE : à envoyer avant que le salarié pose le pied sur le chantier
La Déclaration Préalable À l’Embauche (DPAE) est votre obligation numéro un. Elle doit être transmise à l’URSSAF au plus tôt 8 jours avant la date d’embauche, et au plus tard dans les instants qui précèdent la prise de poste.
En pratique : votre nouveau maçon commence le lundi 9 h sur un chantier de rénovation à Bordeaux — la DPAE doit être envoyée avant 9 h ce lundi. Pas après. En cas de contrôle sur le chantier, le défaut de DPAE est assimilé à du travail dissimulé : amende de 5 ans de prison et jusqu’à 45 000 € pour une personne morale.
La DPAE se fait en ligne sur le site net-entreprises.fr ou directement depuis votre logiciel de paie. Conservez l’accusé de réception.
3. Le contrat de travail : CDI ou CDD, ce que dit la convention collective
Dans le BTP, vous êtes soumis à la convention collective nationale des ouvriers du bâtiment (ou travaux publics selon votre activité). Elle fixe les minima de salaire, les coefficients, les indemnités de trajet et de transport, et les règles du grand déplacement.
CDI ou CDD ? Pour un chantier de 4 mois, vous pouvez légitimement opter pour un CDD lié à la durée du chantier — c’est une des rares situations où le CDD de chantier est autorisé dans le BTP. Mais attention : si vous prolongez au-delà et enchaînez les avenants, la requalification en CDI est automatique.
Exemple concret : vous embauchez un plaquiste N3P1 pour un chantier de 3 mois à 35 h/semaine. Le salaire minimum conventionnel pour ce coefficient tourne autour de 13,20 €/h brut (vérifiez les grilles en vigueur auprès de la FFB). À cela s’ajoutent les indemnités de trajet et de petits déplacements, qui peuvent représenter 200 à 400 € brut par mois selon la distance domicile-chantier.
Le contrat doit mentionner : la qualification, le coefficient, la durée (si CDD), le lieu habituel de travail, la période d’essai (1 mois pour un ouvrier, renouvelable une fois), et le nom de la caisse de congés payés.
4. L’affichage obligatoire et le registre du personnel
Même si vous n’avez qu’un seul salarié, certaines obligations administratives s’appliquent dès le premier jour.
Le registre unique du personnel doit être tenu à jour dès la première embauche. Il peut être papier ou numérique. Il mentionne nom, prénom, nationalité, date de naissance, emploi, qualification, date d’entrée et, le cas échéant, de sortie. Une inspection du travail peut le demander à tout moment, y compris directement sur le chantier.
L’affichage obligatoire comprend notamment : les coordonnées de l’inspection du travail, le médecin du travail, les consignes de sécurité et les horaires collectifs. Sur un chantier, cet affichage se fait dans la base-vie ou la baraque de chantier. Si vous travaillez sans base-vie fixe, remettez ces informations par écrit au salarié.
Les équipements de protection individuelle (EPI) sont à votre charge, pas à celle du salarié. Casque, harnais, chaussures de sécurité, lunettes : fournissez-les avant le premier jour. En cas d’accident sans EPI fourni, votre responsabilité est engagée.
5. La paie et les charges : ce que ça coûte vraiment
Un salarié au SMIC (environ 11,88 €/h brut en 2024) sur 35 h/semaine, c’est un salaire brut d’environ 1 801 € brut/mois. Mais le coût réel pour vous tourne autour de 2 200 à 2 400 € par mois, charges patronales comprises (cotisations URSSAF, retraite complémentaire, prévoyance BTP, caisse de congés payés, formation professionnelle).
Ajoutez les indemnités de petits déplacements si le salarié rejoint le chantier depuis son domicile (indemnité de trajet + indemnité de transport, barèmes fixés par la convention collective selon la zone géographique), et vous pouvez atteindre 2 600 à 2 800 € de coût mensuel total pour un profil débutant.
Utilisez un logiciel de paie spécialisé BTP ou externalisez à un expert-comptable habitué aux conventions du bâtiment. Un comptable généraliste qui ne connaît pas les spécificités BTP (caisse de congés, indemnités de déplacement, prévoyance Pro BTP) peut vous coûter cher en régularisations.
💡 Astuce outil : La CAPEB et la FFB proposent des services d’accompagnement à l’embauche pour leurs adhérents, parfois avec des modèles de contrats conformes à la convention collective. Renseignez-vous auprès de votre délégation départementale.
En résumé
- Vérifiez votre statut juridique et ouvrez votre compte caisse de congés BTP avant toute embauche.
- Envoyez la DPAE à l’URSSAF avant la prise de poste, sans exception.
- Rédigez un contrat conforme à la convention collective BTP : coefficient, indemnités de déplacement, caisse de congés.
- Tenez le registre du personnel et fournissez les EPI dès le premier jour.
- Anticipez le vrai coût salarié : comptez 1,3 à 1,5 fois le brut, hors indemnités de déplacement.